Je repose aussi sec, mets la voile en place et repart porté par la brise de mer. Nous suivons la plage, tantôt en haut, tantôt en bas jusqu'à ce que le réservoir nous dise de rentrer. Le retour offre d'autres lumières, d'autres angles, d'autres espaces libérés par la mer descendante.
Nous avons parcourus plus de 270 km le long des plages normandes et ce fut à chaque fois un spectacle différent, resplendissant et émouvant, paisible et agité, la liberté célébrée sur les lieux qui l'ont vu renaitre.
Sur les bons conseils d'Emeric, nous passons sur la côte Ouest du Cotentin pour y effectuer un dernier vol Normand.
Hommage d'un autre genre, nous arrivons sur la Plage Lindbergh pour y décoller et nous gaver de 70 km de radada!
La côte Ouest est encore plus sauvage que la côte Est. Les estuaires à marée basse sont un terrain de jeu fabuleux pour nous. Quand aux fruits de mer, il complètent parfaitement le dispositif!
Au total, 320 Km de plage auront été survolés pendant ce séjour Normand.
Pour ce dernier vol normand, nous décidons de traverser le Cotentin pour profiter du vent de Sud. Notre destination initiale est Denneville mais quelques kilomètres avant nous croisons le panneau indiquant "Lindbergh-Plage". Le symbole est trop beau, nous bifurquons et montons nos avions de poche sur le sable. Un promoteur de la belle époque avait baptisé la plage du nom du célèbre aviateur, prétextant qu'un paysan y avait entendu le bruit du moteur Spirit of Saint Louis un soir de mai 1927. Son projet de station balnéaire dédiée aux aviateurs conquérants de l'impossible, Blériot, Lindbergh, Costes et Bellonte, n'a jamais vu le jour...et c'est tant mieux ! La côte offre un charme sauvage, rare sur nos littoraux, avec de grands estuaires entourés de dunes. De loin en loin, un petit village du bocage est venu tremper ses pieds dans l'eau, essaimant quelques pavillons et leurs indispensables tracteurs colorés portant les bateaux sur la plage.
Décidément le ciel nous aura sourit jusqu'au bout de notre périple.
Ce n'est pas le tour d'élévateur d'un face voile mal préparé qui allait gâcher cette fête.
Vol ultra court à partir d'un nouveau terrain, superbe, le temps de le photographier, et de perdre mon téléobjectif qui s'est démonté en tournant la bague de zoom et m'a échappé des mains. Je ne comprends pas, ça ne m'est jamais arrivé.. au sol ! Du coup je rentre à la maison, et pars arpenter le sol, pour le moment sans résultat. Je reviens demain avec mon GPS et la trace ! Elle me dit que l'optique a fait 150 m de chute, ce qui n'est évidemment pas très bon...
Ce mercredi le temps est très clément à nouveau et nous décollerons de chez Bernard Vincent et moi pour un vol de 60 min. en passant au dessus de la croix de Chairneux ou des activités de son et lumière s'y préparent et le retour au terrain se fera dans la pénombre. Atterrissage avec les lumière au alentour "Superbe"
Alain nous a rejoint à Saint Mère Eglise, autre haut lieu de ce 6 juin 44 qui nous hante depuis deux jours.
Le ciel s'est couvert mais semble hospitalier. Nous optons pour un déco depuis la plage de Ravenoville à marée basse. Nous partons vers le sud pour rejoindre Utah Beach, la 5e et dernière plage du débarquement. Cette deuxième plage prise d'assaut par les américains est très différentes des ses soeurs de sang. Pas de falaises mais des dunes herbeuses qui se perdent dans le bocage. Patrice en profite pour faire du radadunes avec sa petite violette toulousaine. J'essaie de le suivre tandis qu'Alain fait la course avec les goélands. Je n'ai pas jugé utile de prendre l'appareil photo, faute de soleil au moment du déco. Dommage, le ciel fini par s'ouvrir pour laisser le couchant iriser la mer de couleurs surnaturelle.
UTAH
Nous passons dans le Cotentin où Alain nous retrouve pour terminer la mission avec nous.
A quelques km de Sainte Mère Eglise, nous choisissons une plage bien orientée et accessible. L'endroit est sauvage et a gardé son authenticité. Ceux qui y passent leur vacances sont sans doute des amateurs de calme. Malgré tout, nos 3 machines bruyantes ne leur déplaisent pas et ce ne sont que des saluts amicaux qui vont baliser les 50 km de littoral parcourus le long de Utah Beach.
Le relief de la côte est formé de petites dunes sur lesquelles je fais du soaring avec un filet de gaz. Il y a également un musée, un mémorial et quelques blockhaus.
Je me pose à contre-coeur car je ne me lasse pas de ce genre de vol.
Notre série de vols-hommages "D-Day" est terminée.
Les traces du GPS et quelques photos en témoignent. Mais l'essentiel restera la profonde émotion ressentie à chacun de ces vols.
Une petite navigation vers Couffinal pour aller récupérer les petits. Sophie m'amène à Falgayrac. Déco nickel, mais rapidement mon moteur semble avoir des soucis (encore...): dès que je relâche un peu les gaz, il a du mal à remonter. Plus tard, il n'arrive plus à dépasser les 5500 tr/min et j'envisage de me poser. Mais il repart quelques minutes plus tard et je peux arriver à destination.
Un joli vol, mais un peu gâché par ce satané carbu !
OMAHA - GOLD - JUNO
C'est le vol retour vers Courceulles.
Quelques thermiques se réveillent mais le survol de la mer nous garantit le calme.
Le passage à proximité du cimetière de Colleville nous permet de saluer les milliers de jeunes soldats américains tombés pour que nous puissions vivre libres.
Notre D-Day, c'est aujourd'hui ! Florian rencontré la veille, est partant pour la pointe du Hoc qu'il n'a jamais survolée. Nous en gardons un souvenir ému depuis notre vol de l'année passée. C'est parti pour 45 km le long de Juno puis Gold et enfin Omaha Beach, restée à jamais la sanglante depuis ce jour où 3000 boys sont morts.
Le ciel est serein, la visibilité parfaite, la côte est splendide, variée, tantot faite de longues plages de sable, tantot de falaises rocheuses et de plages de galets.
Le long de Gold, nous doublon Arromanches, préservée des 13000 bombes larguées dans la nuit du 5 au 6 juin afin de servir de port destiné à permettre le déversement ininterrompus des matériels, carburants et hommes, 2 millions en tout, nécessaires à la plus gigantesque opération militaire jamais tentée. Les restes du port artificiel ceintures la plage et des Mulberries gisent dans le sable n'attendant plus que l'assaut des vagues.
A l'ouest Gold s'achève par Port en Bessin, petit bijou de la côte normande enchassé entre deux falaises.
Notre trio entame la plage de Saint Laurent sur Mer, Bloody Omaha,au ras du sable comme pour s'assurer que les reflets magiques vus du ciel ne coulent pas de leurs veines. Non, les gars de la Big Red One dorment encore, un peu plus haut à Colleville sur Mer, sous leurs croix trop blanches. Nous ne les réveillerons pas.
Au loin, la pointe du Hoc, petit bout de terre devenu américain, fend la mer calme. Ce pic rocheux baptisé par les vikings a gardé sa peau grelée par les 380 tonnes de bombes larguées le 6 juin. Le colonel Rudder et ses 225 Rangers y ont vécu l'enfer deux jours durant, tenant bon face aux allemands. Seuls 90 d'entre eux survécurent.
Patrice et Florian se posent pour se dégourdir les jambes alors que je préfère rester en l'air pour faire des photos et surveiller les mouvements des allemands...en bus.
Le retour est musclé, les valleuses offrant leur versant ouest au soleil d'août générant de vigoureux thermiques. Passé Arromanches, nous décidons de redescendre sur la plage pour échapper aux cumulus qui envahissent le ciel. Il est bientot 11 heures, nous voilà au dessus du terrain, je coupe le moteur...et je monte ! 90 km parcourus en 2h15, quel vol !
JUNO - GOLD - OMAHA
Pas moins de 40 Km de côte au programme. Florian nous a proposé ce vol qu'Emeric et moi savourons. Difficile de décrire à la fois la beauté de ce site et l'intensité émotionnelle qu'il provoque tellement on peut imaginer ce qui s'est passé ici grâce aux nombreux vestiges çà et là et aux monuments qui jonchent les plages et les falaises.
Le point d'orgue est sans doute le survol du port artificiel qui s'étale entre St Laurent sur Mer et Arromanches. Et la magnifique falaise sauvage qui suit.
Je me pose dans un champ à la Pointe du Hoc pour une petite pose.
Ce vol entre dans mon Top 10! Et pourtant les places sont chères...